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Télé Déculottée

La télé décryptée par Pauline

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Et oui, nous surveillons aussi ce qui se passe ailleurs ! Voici un petit tour d’horizons des programmes diffusés par nos confrères américains, anglais, néerlandais ou coréens, sur lesquels nous avons jeté notre dévolu. Ames sensibles, s’abstenir!

De la téléréalité à l’outil de communication

C’est dans un contexte bien singulier que Télé déculottée reprend la plume, à l’heure où l’ombre tragique des événements récents plane toujours sur les esprits. Mais nos sens aiguisés ont été  alertés par une émission intitulée « Aux prises avec la loi », nous rappelant à nos devoirs de téléphiles aguerries. Lire la suite

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Prince Harry, oui c’est bien lui.

  Qui n’a jamais rêvé de devenir princesse ? Inutile de prétendre le contraire, Télé Déculottée vous a percé à jour. Oui, on vous voit, vous, à 5 ans, démêlant les longs cheveux blonds de Barbie Rossignol, rêvant de château, de prince, et de cheval blanc. On vous voit, devant vos innombrables K7 Walt Disney, chantant à tue-tête, des étoiles dans les yeux. On vous voit encore, coiffée de votre diadème en plastique, refusant d’avaler vos légumes parce que, vous aviez raison de le proclamer, les princesses mangent ce qu’elles veulent. Lire la suite

Chère télévision, façonne-moi une image.

C’était en 2011. François-Xavier, dit FX, candidat de l’émission Secret Story, avait soudainement choisi d’arrêter de suivre le cours de sa vie, en se jetant sous les roues d’un véhicule. Il avait 22 ans. Un geste interprété comme le résultat d’un décalage entre la manière dont il était perçu par le public, et l’image qu’il pensait renvoyer. Décalage violent qu’il ne pouvait supporter, puisque le retour à l’anonymat l’avait brisé de l’intérieur. Nous sommes trois ans plus tard, nous avons oublié FX, et la téléréalité continue de propulser des individus anonymes sur le devant de la scène médiatique, pendant des périodes brèves. Nous y sommes, en quelque sorte, habitués.

         Mais voilà, ce jeudi 6 mars, un vent d’effroi a de nouveau soufflé. Un fait divers en provenance de la Corée du Sud a agité la chronique dans les médias du monde entier. La téléréalité a fait une nouvelle victime. Elle participait à un programme visant à trouver l’âme sœur, elle s’appelait Chun et était âgée de 29 ans. Elle a décidé de mettre fin à ses jours, et – le diable est dans les détails – s’est pendue avec le fil d’alimentation de son sèche-cheveux. En cause, la pression trop forte subie pendant le tournage, et l’image que donnaient d’elle les producteurs, dont elle n’était pas satisfaite.

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         Cette émission, « Jjak » en coréen, réunit pendant une semaine vingt candidats dans une maison qu’ils appellent « l’hôtel de l’amour ». Car leur but, c’est de trouver cet amour. Seulement voilà, ce n’est pas aussi simple : ils doivent participer à des défis soigneusement organisés par la production, où ils sont poussés à bout nerveusement, avec à la clef un rendez-vous galant. S’ils échouent, ils peuvent être exclus pour une durée déterminée de la collectivité. Évidemment, ils continuent pendant ce temps là à être filmés, de manière à ce que leur solitude puisse être partagée avec le pays entier.

         Chun était perçue comme solitaire, triste et impopulaire. Elle avait fait savoir, lors d’une conversation téléphonique avec sa mère, qu’elle ne pourrait jamais retourner vivre en Corée du Sud si l’émission était diffusée. Elle a fait ses adieux dans une lettre, où elle explique son geste et le sens qu’il faut lui donner.

A la suite de cet événement tragique, face aux critiques, à l’investigation policière, et à la déferlante de témoignages de candidats disant avoir été maltraités par la production, le tournage de l’émission s’est brusquement arrêté.

Alors, la téléréalité va-t-elle trop loin ? La mort de FX était-elle le signe annonciateur de dérives à venir ?

         Rassurons-nous tout de suite, la Corée du Sud est un pays très spécifique. Puissance économique en plein essor, on la connaît pour Samsung, Hyundai, ou encore LG. Mais on la connaît aussi pour son industrie culturelle à part entière, pour sa k-pop qui représente 4000 milliards de wons, et bien évidemment pour son gangnam style et son record de vue sur Youtube. Depuis peu, on la connaît aussi pour autre chose : son taux record de chirurgie esthétique, puisqu’une femme sur cinq y a recours. Et comme la téléréalité a le don de s’inspirer des tendances sociétales, voici qu’une émission, « Let me in », a propulsé cette pratique sous les projecteurs. Il est vrai qu’on connaissait déjà Extreme Makeover, production américaine diffusée sur ABC, qui avait déjà navigué sur les eaux tumultueuses de la chirurgie esthétique. Cependant l’émission coréenne va vraiment très loin. Le principe est simple : un appel à candidature est lancé dans tout le pays. Et, parmi la foule qui se présente au casting, seules quelques unes des jeunes femmes pourront bénéficier de l’intervention d’un prestigieux chirurgien. Pour être sélectionnée, rien de plus simple : raconter avec toute l’émotion et la douleur possible les souffrances qu’engendrent un physique non avantageux. Car dans une société où l’apparence a pris une telle ampleur, le fait de ne pas être satisfait de soi provoque le désintérêt des autres. Les moqueries. Les critiques. Et le mal-être s’installe. Plus le jury perçoit la dépression aiguë des candidates, et plus ces dernières ont de chances de participer à cette aventure qui changera définitivement leur vie. Une fois opérées, elles sont enfermées dans un appartement, et sont filmées durant leur convalescence. Lorsque l’on découvre le résultat, ce sont de véritables poupées aux visages absolument parfaits, des visages pratiquement identiques, alors que les candidates ne se ressemblaient pas du tout avant les opérations. On a gommé tout ce qui faisait leur identité. D’ailleurs, une mère de famille avait reçu sur le plateau son plus jeune fils, une fois sa transformation effectuée. Ce dernier ne l’avait pas reconnue.

Là, il ne s’agit plus de passer par la télévision pour se créer une image sociale, il s’agit d’utiliser ce média pour devenir quelqu’un d’autre, physiquement, et c’est irréversible. On ne change pas l’image, on change le réel.

Let me in - before/after

Alors, on se dit que tant que la chirurgie esthétique n’est pas aussi démocratisée dans notre cher pays, nous ne risquons pas de faire face à ce type d’émission. Que notre industrie du divertissement n’atteint pas les sommets de la Corée du Sud, et que, malgré les critiques fustigeant la téléréalité, nous avons tout de même une certaine mesure dans la manière de produire nos programmes de flux. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de s’inquiéter, car les formats évoluent et s’exportent… La France résistera-t-elle ?

Magali G.

L’utopie, vous en rêviez ? John de Mol vous y mène.

Si la tele-réalité alimente, depuis plusieurs années, les conversations autour de la machine à café, elle se veut maintenant instigatrice de la philosophie politique.

Utopia, Endemol

Si je vous dis Utopia ? L’intellectuel qui sommeille en vous répondra Thomas Moore, ou fera allusion au réquisitoire de George Orwell. Aldous Huxley aussi, peut-être, pourrait surgir dans les débats. Mais le téléspectateur assidu, que vous êtes très certainement, prendra le relais et lancera, d’un air habitué et peut-être même blasé «ah !  Encore cette émission ! ». Non, vous ne rêvez pas, Utopia est bien le nom qui a été attribué à une émission de télé-réalité. Ce lieu idéal, inaccessible (u-topia) qui a fait l’objet de maintes et maintes discussions par les plus grands au fil des siècles, tant la notion est difficile à concevoir. Si, par essence, elle n’a pas trouvé de version officielle sur terre, la télévision nous propulse dans ce monde inaccessible auquel nous aspirons.

Quand le refrain, fredonné par la voix off d’M6, nous indiquait que « deux mois dans le loft, ça change toute une vie », qu’en est-il de se retrouver pendant un an avec de parfaits inconnus dans un hangar avec le minimum vital ? Car oui, c’est là que le projet prend tout son sens : l’émission dure une année entière. Alors, c’est vrai, ils n’ont pas qu’un hangar, les candidats disposent également de terres, d’un accès à l’eau et à l’électricité. En outre, ils ont aussi le droit au téléphone portable, ce qui est une entorse aux règles strictes des émissions d’enfermement, censées empêcher tout contact avec l’extérieur. Une somme d’argent est aussi mise à leur disposition. Evoquons enfin les quelques poulets et vaches qui leur tiennent compagnie.

Direction les Pays-Bas, d’où est originaire John de Mol, sans qui la télé-réalité ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. D’ailleurs, elle n’aurait peut-être pas existé du tout. Co-fondateur d’Endemol, on ne précise plus qu’il est à l’initiative de nombre de programmes de flux à commencer par Big Brother, tournant historique dans l’histoire des programmes télévisuels. Notons qu’avec Big Brother, il faisait déjà un petit clin d’œil à la philosophie d’Orwell. Habile, puisque ce choix de titre lui permettait, avant l’heure, de détourner les critiques voyeuristes qui lui seraient adressées par la suite. Néanmoins, on décelait déjà l’envie, pour ce génie du divertissement, de faire de la télévision non plus un simple média, mais le révélateur de la nature humaine.

Utopia, c’est une fois encore, le moyen de renouveler ce genre malléable qu’est la télé-réalité. On est lassé des émissions d’enfermement, qui ont fait leurs preuves, et dont l’audience décroit. Désormais, il faut être plus extrême. Il faut oser. Proposer des concepts qui témoignent que la télévision a intégré les critiques de vacuité qui lui étaient adressées. Pour John de Mol, dont l’imagination est inépuisable, l’idée s’est imposée d’elle-même. Alors, Utopia, c’est presque une expérience scientifique.  Du moins c’est ce qu’elle paraît être, aux yeux du téléspectateur.

Néanmoins, et comme dans toute émission de télé-réalité qui se respecte, un  par un, les quinze candidats, choisis bien entendu en fonction de critères propres aux équipes de production, peuvent être contraints de quitter l’aventure. Et oui, tous les mois, un de ces Robinson Crusoé des temps modernes sera remplacé par un autre pour concevoir cette société idéale, sous les 98 caméras auxquelles rien n’échappe. De quoi réintroduire de la stimulation pour le téléspectateur. Fidèlement aux principes de la télé-réalité, il est possible, 24 heures sur 24, pendant une année, de suivre les aventures en temps réel des candidats, en se rendant sur le site internet de la chaine. L’émission a été lancée le 1er janvier 2014 sur la chaine néerlandaise SBS6, et rien qu’avec le premier épisode, l’audience était à 21% !

Alors, John de Mol, quelle sera la prochaine société que vous nous proposerez ?

Mathilde A. et Magali G.

Et toi ? T’as viré qui ?

La télé-réalité américaine « Does someone have to go » laisse les pleins pouvoirs aux employés quitte à être renvoyé sous les feux des projecteurs.

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« Les faibles préférent le calme de la dictature à l’ouragan de la liberté. » Cette phrase restée célèbre de Thomas Jefferson met en lumière les aspirations de l’individu : oser s’affirmer, s’affranchir, pour grandir et se révèler.  Avançons dans le temps, nous voici à présent en 2013, les aspirations des individus sont identiques mais le climat n’est guère le même.

Crise sociale, économique, financière, les citoyens se rattachent à ce qu’ils ont, ou du moins croient se rattacher. Le petit écran nous mène, encore une fois, vers les ressorts cyniques et complexes de l’homme. Direction le monde entrepreneurial depuis son poste de télévision.

Le 23 mai 2013 est lancé le premier des six épisodes de « Does someone have to go ? » diffusé sur la très conservatrice Fox.

Pendant 48 heures, les employés ont le droit à la parole, ils disposent d’un pouvoir limité dans le temps confié par leurs dirigeants. Ils peuvent prendre toutes les décisions de leurs choix et même renvoyer l’un des leurs pour faire face aux dysfonctionnements  de l’entreprise. Ainsi lorsque Dema Barakat et Danoush, fondateurs de Velocity Merchant Services (VMS) informent leurs employés de leur départ pendant 2 jours, l’enthousiasme est au rendez-vous. Ca y est, ils vont enfn prendre le pouvoir et devenir le chef ! De nouveau, la très puissante Endemol USA est aux manettes avec le CEO Cris Abrego pour présenter ce programme où seuls les employés sont mis sur la sellette. Hors de question de critiquer l’action managériale, bien au contraire ! Les employés sont scrupuleusement choisis, forts de leur personnalité comme dans toute émission de téléréalité qui se respecte.

S’ils ont mis en évidence et sursignifié leur pouvoir éphémère sous les paillettes et la reconnaissance médiatique pendant 48 heures, c’était pour se penser en héros télévisuels. Au bout de quelques jours, la notoriété s’affadit doucement et le protagoniste du star-system redevient un travailleur, laissant derrière lui cette parenthèse médiatique et cynique, s’il n’a pas été entre temps renvoyé devant des millions de spectateurs voyeuristes…

Ah, vivement une nouvelle journée de travail !

Mathilde A.

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