Plus de six mois ont passé. Télédéculottée survivait, mais manquait cruellement de nouveauté. Pendant tout ce temps, ma passion pour la télévision  n’avait pas disparu, elle attendait simplement un électrochoc pour que mes doigts pianotent à nouveau sur mon clavier, que les mots s’alignent et que mes pensées soient ici retracées.

Cet électrochoc ? La villa des coeurs brisés. Deux épisodes de cette nouvelle téléréalité (que NT1 diffuse depuis lundi 16 novembre) ont suffi pour comprendre l’intérêt du mot « brisé ». Car c’est justement l’espoir d’un renouveau de la téléréalité qui se retrouve en mille morceaux après avoir visionné ce programme. Et oui, ce soir, je peux le dire, « j’ai mal à ma téléréalité ».

Le programme est creux. Comme une coquille vide, où les paysages du Mexique et la jolie villa ne suffisent pas à combler l’absence de matière et d’ADN du programme. On pourrait parler de déception, si tant est que la promesse « promettait » réellement quelque chose. Or, elle-même n’était pas claire et loin d’être attrayante. Des anciens candidats de téléréalité, tous célibataires, viennent chercher l’amour. Jusque là, rien de bien sorcier. Oui mais ces jeunes gens ont un lourd passé amoureux, ont enchaîné les histoires compliquées. Aujourd’hui, ils cherchent à renouer avec la passion et atteindre le graal:  une belle histoire d’amour, sincère et honnête (et pourquoi pas en prime un peu de célébrité et de bookings en boîte de nuit). Sur le papier c’est compréhensible, mais  qu’en est-il de la mécanique d’aventure ? On attend toujours la voix-off qui nous expliquera réellement le déroulé de l’émission au fil des semaines. Y’aura t-il des éliminations chaque vendredi ? De nouvelles arrivées ? On ne sait pas, on verra. Cela nous replonge un an en arrière, quand le premier prime de Rising Star nous décevait. L’un des problèmes étant qu’il ne nous donnait aucune information sur la suite du talent show, comme si Studio 89 avait tout misé sur le lancement et n’avait pas vraiment prévu la suite.

 Le flou est donc maintenu tant sur la mécanique que sur ses éléments clés. On devine que le téléphone est considéré comme un atout du programme et qu’il jouera un rôle important. Mais là encore, plutôt que d’apporter de la nouveauté et démarquer le programme des autres formats de téléréalité, il l’appauvrit et nous rappelle le jeu du téléphone secret. Vous savez, ce jeu de société où vous deviez deviner qui était amoureux de vous grâce à des messages et des appels? Pour les plus nostalgiques (ou les incultes du jeu préféré des filles nées dans les années 1990) la publicité de l’époque est par ici. (qualité d’époque)

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Pour les autres, revenons en novembre 2015, revenons à aujourd’hui et à cette fameuse sonnerie d’Iphone qui vous indique que vous avez reçu un message. Car oui, c’est bien cette sonnerie que vous entendez régulièrement dans La villa des coeurs brisés. Les participants, en dépit de leur présence simultanée dans la même maison et en dépit de la possibilité de se parler de vive voix, préfèrent s’écrire par sms. En voulant faire une émission moderne qui utilise la technologie mobile, nous voilà donc propulsés 15 ans en arrière, quand on envoyait des mots secrets et des messages à son amoureux du collège, par peur de lui dévoiler nos sentiments quand on le croisait dans la cour de récré.

Ainsi sur Nt1 hier soir, Romain rejoignait Siham sous la pergola, cette dernière l’interrogeant: « tu as reçu mon message? ». Grande qualité de dialogue donc, mais surtout grande qualité d’interprétation et jeu d’acteur remarquable. En tant que téléspectatrice avide de téléréalité je suis révoltée. Oui, nous avons vu les formats défiler, les émissions de dating s’enchaîner. Nous nous sommes lassés, nous sommes devenus difficiles, mais surtout nous sommes devenus intransigeants sur le manque de sincérité. Nous préférons regarder un jeu comme Secret story où la manipulation est entièrement assumée, plutôt qu’une émission de dating qui se prétend sincère et réelle, là où elle est aux antipodes de ces qualités. Ce sont finalement des stars de téléréalité issues  du fond du panier qui nous relaient leurs peines de coeur et leur impossibilité à trouver l’amour (et sûrement la célébrité). Attention, on risquerait de pleurer.

Une mécanique d’émission très floue, un concept creux, des éléments clés comme le téléphone qui n’apportent rien, et surtout un casting ennuyant, bas de gamme et très décevant. On pourrait se contenter de zapper sur Les Princes de l’Amour, où le casting d’anonymes parvient au moins à nous arracher quelques sourires. Sinon, on peut également reprendre la plume et s’indigner, parce que c’est à cause de programmes comme La villa des coeurs brisés que la téléréalité est mal perçue et que le genre s’essouffle.Les deux premiers épisodes se sont certes inscrits dans la lignée des rediffusions de Secret Story dans sa tranche horaire, mais ils manquent cruellement de classe, comme celle que l’on retrouvait dans Le Bachelor. Ils manquent également d’intrigues et de jeu, comme ceux qui nous attiraient dans Secret Story encore la semaine dernière. Bref, NT1 nous a habitués à mieux.

 Avec notre naïveté de téléspectateurs passionnés, on a envie de vous motiver, vous, qui travaillez en chaîne ou en production et de vous dire « allez-y, surprenez-nous! Tentez quelque chose de nouveau, ça ne marchera peut-être pas mais vous aurez essayé ». Arrêtez de nous ressortir les stéréotypes de la fille méditerranéenne au fort caractère ou du garçon beau mais qui ne trouve pas chaussure à son pied. Chaque candidat rentre dans une case, manque de sincérité et suinte de prévisibilité. Avant on y croyait, depuis on a grandi.

Merci.

Pauline

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