Chers téléspectateurs, Télé Déculottée vous sait déçus. On vous avait promis une émission différente, un programme avec une vraie identité. Le télé-crochet qui change tout. Et vous avez été séduits par le concept, vous avez été curieux, y compris si vous n’y aviez pas cru, dès le départ. Vous avez fait l’effort de jeter un oeil sur cet objet médiatique dont on parlait tant. Depuis un an, c’est sans doute l’un des programmes qui a fait couler le plus d’encre, qui a suscité le plus de commentaires, de réactions, d’énervement. Rising Star était attendu au tournant.

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Surexploité depuis ses débuts, et hormis The Voice qui continue de séduire des millions de téléspectateurs par sa mécanique puissante, il apparaît très ambitieux de vouloir renouveler le télé-crochet dont on a, semble-t-il, fait le tour. Star Academy, Graines de Star, Nouvelle Star, Pop Star… D’une émission à l’autre, d’une saison à l’autre, le public a fini par se lasser. Se lasser de ces jeunes, leurs rêves en main, qui se succèdent sur les plateaux, pour finalement enregistrer un disque qui se perdra dans la masse gigantesque qu’est devenue l’industrie musicale. Se lasser de ce trop-plein d’émissions qui se ressemblent. Pouvions-nous croire, ne serait-ce qu’un instant, qu’il était possible de révolutionner le genre ?

            Véritable carton en Israël – le programme a attiré près de 50% des téléspectateurs de ce pays ultra connecté – Rising Star était prometteur, dans ce contexte où le manque flagrant de création pousse les diffuseurs et producteurs du monde entier à loucher sur les succès des pays voisins. M6 n’a donc pas attendu pour acheter les droits et en confier la production à Studio 89. Mise à mal par des audiences médiocres, la chaîne avait besoin de renouveau. Besoin d’un concept dans l’air du temps, d’un concept événement qui attire les foules, et qui permette à la « petite chaîne qui monte » de revivre, peut-être, le moment historique qu’elle a connu à l’époque du Loft. De montrer qu’elle innove. Qu’elle n’a pas peur de prendre des risques, et que les risques paient. Si seulement. Car le programme Rising Star est-il révolutionnaire ? Permettant au téléspectateur d’agir concrètement sur le déroulement de l’émission en décidant du « futur » du candidat, la promesse est séduisante. La puissance de Facebook, Twitter et Instagram est enfin exploitée. « Le jury, c’est vous ! ». Le dispositif fait écho aux pulsions narcissiques et au besoin de reconnaissance de chacun, pulsions exacerbées par les réseaux sociaux et le manque de pudeur de notre génération, nous poussant à étaler notre vie privée sur la toile. Oui, dans Rising Star, si vous votez, c’est votre visage qui apparaît sur le mur. On vous voit, vous, oui vous, assis confortablement devant votre téléviseur, tablette tactile en main. C’est bien votre visage qui s’affiche ! On vous donne de l’importance. Vous avez le pouvoir.

            Mais à peine l’acquisition faite, les professionnels de la télévision s’agitent dans leur bocal. Pourtant nombreux à avoir convoité Rising Star, leur verdict est sans appel. Ca ne marchera pas. Même John de Mol y est allé de son pronostic. Si le programme a été un succès incontestable dans son pays d’origine, aux Etats-Unis c’est un échec cuisant. En Allemagne, sur RTL, on arrête la diffusion après trois épisodes. Face à cette hécatombe, l’Angleterre renonce à mettre le programme à l’antenne. M6 tient bon, traquée de toute part, et contre-attaque à coup de matraquage publicitaire. Mais Studio 89 fait face à des difficultés. Il faut constituer un jury, mais les refus se succèdent. On démarche des animateurs, sans succès. Lorsque la date de diffusion tombe, on sort l’artillerie lourde chez les programmateurs. Concurrence oblige, il ne faut quand même pas leur faciliter le travail !

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Le 25 septembre, c’est le jour J. Devant nos écrans, on s’impatiente. On s’est imaginé des tas de choses. On se disait que ça allait être puissant, émouvant, amusant. On imaginait le mur se lever, élément fétiche du programme, et on se disait que ce serait, sans doute, un grand moment télévisuel. Mais voilà, dès les premières minutes, on sait que ça ne fonctionnera pas. Le plateau est majestueux, la scène impressionnante, la réalisation parfaite. Tellement parfaite, qu’on ne ressent rien. Tout a été lissé, trop répété. La co-animation de Faustine et Guillaume ne fonctionne pas. Faustine prend trop de place. Guillaume Pley apporte une touche de fraicheur et relève le défi malgré quelques maladresses. Mais il n’est, de toute évidence, pas fait pour lire un prompteur. La pression est telle que l’on a peur, à tout moment, qu’un problème technique vienne entacher le dénouement de l’émission. Le jury, orignal certes, n’a pas de cohésion, et manque cruellement de naturel. Cathy Guetta se donne en spectacle, elle porte autant de maquillage qu’elle force son émotion. David Halliday se montre juste dans ses commentaires, mais est trop effacé. Cali s’enfonce dans la méchanceté et le cynisme. Morgan Serrano est efficace dans son rôle de challenger, mais sans plus.

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Leurs interventions face caméra après les prestations des auditions sentent le texte écrit d’avance, à plein nez. D’ailleurs, parlons-en des magnétos des auditions. Le téléspectateur voit tout, ou presque, ce qui gâche l’effet de surprise de découvrir le candidat face au mur. L’accent mis sur l’émotion a été trop travaillé, trop mis en scène, et le téléspectateur, peu séduit par l’excès, déverse son mécontentement sur les réseaux sociaux.

Ajoutons à cela que le spectacle est loin d’être au rendez-vous, le niveau étant nettement moins impressionnant que dans The Voice. Alors on tente de se rattraper, en créant le buzz autour de certains candidats forts, tels qu’un ancien du groupe Pow Wow, ou encore la fille de Ray Charles, qui viennent « affronter le mur« . Mais cela nuit à l’authenticité du programme. Cerise sur le gâteau, lors du premier prime, l’application, dont le rôle est capital, fonctionne mal.

 La semaine d’après, Studio 89 redresse le tir, ayant intégré les critiques. C’est nettement mieux. Mais il est déjà trop tard. En trois diffusions, 1,5 millions de téléspectateurs se sont détournés du programme, et ne reviendront pas. Manque de chance pour Les 3 Suisses, SFR et Toyota, qui avaient placé en ce programme tous leurs espoirs publicitaires. Rising Star finira par rejoindre, tôt ou tard, ce gigantesque cimetière, où sont déposés chaque année les restes d’émissions inachevées.

 

Magali G.

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